• « Community manager », « Buzzword », métier ou abus de langage ?

    J’ai assisté le 23 septembre à la Maison de la Communication à Lausanne à une rencontre passionnante organisée par le réseau Rezonance sur le thème : « Manager de Communautés et médias sociaux : un nouveau métier ? ».

    Avant de répondre à la question ayant servi de titre à cette réunion, il convenait à mon avis de clarifier le terme  de « Community Manager » utilisé, dès l’introduction, comme si il faisait partie du vocabulaire courant de l’assistance par l’ensemble des experts présents. A voir la nature des questions posées  et des différentes interventions il n’en était probablement rien et je dois dire que, sans vouloir aller jusqu’à une définition précise du terme en question, j’ai eu l’impression que ce concept correspondait à des perceptions pour le moins variées.

    J’ajoute que j’ai refréné avec peine une irritation personnelle  et fréquente devant l’emploi systématique pour être à la mode, entre francophones, d’un anglicisme ajoutant à la confusion. Dans le cas présent, il me semble que nous avons affaire à ce que les anglo-saxons appellent, depuis longtemps et en tout cas avant l’existence d’Internet : un « buzzword ». Ceci n’a pas grand’ chose à voir avec l’utilisation aujourd’hui éculée du terme « buzz » mis à toutes les sauces médiatiques. Un « buzzword » est un « terme bourdonnement » utilisés par de nombreuses personnes qui y attachent des significations diverses et variées, voire pas de signification du tout et font semblant de se comprendre et d’être d’accord sur ce qu’il évoque.

    Je suis personnellement très attaché à la terminologie et à l’adéquation des termes que nous utilisons, en particulier dans le monde de l’économie et de l’entreprise. En ce qui concerne le sigle : « community manager », à l’issue de la réunion suscitée, je crois qu’il conviendrait plutôt de parler d’ « animateur de réseau ou de communauté sur Internet ». Ce qui me gêne en outre dans le terme « community manager » est qu’il fait partie, même traduit en « manager de communauté » des appellations que je qualifierais d’  « impérialiste ». J’utilise ce qualificatif car il évoque bien la volonté d’englober de manière abusive dans un concept spécifique et parfois étroit de nombreuses autres réalités.

    La notion de « communauté » ne se limite pas à celle d’internautes inscrit sur un même site. Elle s’applique, et ce depuis la nuit des temps, à toute population partageant un bien, une caractéristique ou une croyance commune. Selon le Wiktionnaire, une communauté est une « Réunion ou association de personnes morales ou physiques, ayant des buts ou des intérêts communs ». A ce titre les communautés religieuses, politiques, ethniques ont en général des leaders ou animateurs même si l’utilisation d’Internet est absente de leurs outils quotidiens ou n’est qu’accessoire. Plus modestement que le Pape ou le Dalaï-lama mais comme eux, je suis personnellement responsable de plusieurs associations et revendique le droit de m’attribuer à ce titre la fonction d’ « animateur de communauté ».

    Par ailleurs et contrairement à ce qui a été évoqué lors du « First » de Rezonance, je doute que l’on puisse créer de toute pièce des « communautés », en particulier par la seule volonté d’une entreprise désireuse de mieux diffuser un produit ou rendre une clientèle captive. En effet, les communautés les plus soudées et efficaces sont visiblement liées au partage d’une passion ou au snobisme de l’appartenance à une collectivité fermée ou privilégiée. On peut citer, à titre d’exemple : les Apple ou I… fans ou les heureux possesseurs de Ferrari. A l’inverse, il me semble difficile de créer, même avec Facebook ou Twitter  une communauté des possesseurs d’un téléviseur Grundig (c’est mon cas) ou de ciseaux Fiskar…

    J’ai aussi été surpris que l’on n’évoque pas, si ce n’est de manière un peu péjorative, un exemple de communauté Internet qui, lorsqu’il est bien « animé » me semble particulièrement intéressant, à savoir : les forums. Ils regroupent souvent des Internautes qui partagent la passion d’un produit ou d’une activité, qui s’expriment, échangent des avis, posent des questions et réagissent sur les interventions de leurs pairs. On constate d’ailleurs que, outre la réalité des échanges libres et horizontaux le rôle du modérateur est essentiel pour animer ces réseaux, faire respecter les règles annoncées par lui et « activer »ou réactiver les discussions ou débats.

    Je terminerai ce billet d’humeur par un étonnement relatif à la réalité du supposé métier de « manager de communauté » : A part un jeune membre de Terre des hommes s’avouant débutant en la matière aucun des participants au panel de ce « First » n’a admis être, lui-même « community manager ». J’en connais cependant deux qui auraient pu prétendre à cette noble et moderne appellation : Lise Cardinale, même si elle avoue ne pas figurer sur Facebok et Geneviève Morand sans qui le réseau Rezonance et ses membres ne jouiraient pas du succès croissant et justifié qu’il connait depuis de nombreuses années et j’espère pour longtemps !

    


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