• - Dégagez la place, je vais prendre une photo !

     

    - Dégagez la place, je vais prendre une photo ! - Dégagez la place, je vais prendre une photo !

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Parmi les évolutions regrettables de notre société moderne, il en est une, au moins, qui concerne la photographie : l'abus du droit à l'image.

     

    Force est de constater qu'on a jamais fait autant de photos que de nos jours. Le numérique permet à tous de mitrailler sans frais, avec un compact ou un téléphone, et d'accumuler des centaines de clichés souvent sans intérêt documentaire ou artistique mais techniquement réussis.

     

     Chacun fait ainsi son auto portrait, le bras tendu, ou joue contre joue avec sa ou son partenaire et immortalise ses instants intimes de vie ou ceux de ses proches. On les place ensuite sur Internet pour les partager avec ses nombreux amis réels ou virtuels qui, la plupart du temps, ne les regardent pas.

     

    De son côté, le photographe amateur passionné ou professionnel n'a jamais rencontré autant de difficulté qu'aujourd'hui pour fixer sur son capteur ou sa pellicule des lieux publics surtout si, par malheur, ils se trouve que des inconnus soient positionnés dans le cadre de son viseur.

     

     A titre d'exemple, je déambulais récemment dans les rues PontarIier dans l'intention de fixer sur ma pellicule quelques vues hivernales de cette petite ville que j' affectionne particulièrement

     

    Après avoir cadré dans le viseur de mon appareil une vue de la place Sainte Bénigne qui, finalement, ne me satisfaisait pas je vis venir vers moi un jeune homme que je n'avais pas remarqué auparavant

     

    Je constatai qu'il s'adressait à moi et, à son expression peu aimable, qu'il ne s'agissait pas d'une connaissance personnelle ou d'un amateur de photo argentique attiré par l'aspect désuet de mon appareil moyen format.

     

     J' eu en effet droit, lorsqu'il fut près de moi, à un "vous m'avez pris en photo? " sans préambule de politesse et avec un ton plutôt menaçant. Je lui répondais que non, je ne l'avais pas pris en photo, que je prenais simplement des vues de la ville mais ajoutai devant son insistance: "et si c'était le cas, ça vous gênerait ?" il me répondit par l'affirmative, lorgna sur mon appareil pour y vérifier mon dernier cliché sur un LCD qui bien sûr n'y existait pas puis partit en bougonnant aussi peu aimable qu'à son arrivée.

     

     Cette anecdote récente s'ajoute malheureusement à d'autres expériences personnelles désagréables où des commerçants m'ont spécifié de manière agressive qu 'il était interdit de photographier leur devanture (un de mes sujets de prédilection) ou d'enfants que l'on cachait sous un manteau dès qu'on voyait l'objectif de mon appareil.

     

    Je conçois que chacun soit vigilant quant à la publication non contrôlée de son image sur Internet ou tout autre support public mais il me semble qu'on arrive aujourd'hui à une phobie collective injustifiée limitant de manière abusive la créativité de nombreux photographes.

     

    Si cette allergie au photographe anonyme avait existé autrefois nous n'aurions pas pu, aujourd'hui, admirer les magnifiques photos de rue d'artistes comme Eugène Atget, Henri Cartier Bresson, Robert Doisneau, Brassai, André Kertész, Joël Meyerowitz ou Vivian Maier et ce serait bien dommage !

     

    Alors, compris, la prochaine fois que j'aurais envie de photographier la jolie place Sainte Bégnine, je hurlerai à la ronde « dégagez la place, je veux faire une photo ! ».

     

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